Brexit : "le pire accord de l'histoire"…



Extrait de l'Édition du 19 novembre 2018
Réinfo, journal d'information bimensuel du Parti de la France


Un accord sur le Brexit aurait été trouvé à en croire le négociateur en chef de l’Union européenne, le français Michel Barnier. 585 pages, 85 articles, 3 protocoles et plusieurs annexes… Il « est le meilleur que l'on pouvait négocier », a déclaré à son propos, la première ministre britannique, Theresa May…
Un sommet extraordinaire sur le Brexit réunissant tous les dirigeants européens est prévu le 25 novembre 2018 à Bruxelles, pour entériner cet accord qui devra être validé par le Conseil européen, le Parlement britannique et le Parlement européen.
Ça, c’est dans la position de façade. Car chez les concernés, au Royaume-Uni, rien ne va plus… Pour l'un des principaux instigateurs du référendum, Nigel Farage, il s'agit ni plus ni moins du « pire accord de l'histoire ».
 
Si le Gouvernement anglais a bien approuvé un texte… que chaque ministre a eu le droit de lire une heure, séparément et sans conseiller… l’accord est à l'opposé des promesses faites à la fois aux partisans du Brexit et à celles faites aux partisans de l’union avec Bruxelles… Les deux camps utilisent le même mot : « une capitulation ». 20 % de chaque camp soutiennent l’accord, 35 % de chaque camp n’ont pas d’idée, et 45 % de chaque camp sont contre ! Il faut dire que les déclarations de Dominic Raab, ministre en charge des négociations sur le Brexit avec l'Union européenne, affirmant qu'il s'agissait d'un « accord terrible » ont jeté le trouble. Ils sont six membres du Gouvernement à avoir démissionné dans la foulée.
 
On se demande même si le Gouvernement sera encore en place lors du vote du Parlement le 6 décembre prochain… D’aucuns aspirent alors à re-consulter le peuple… « Un nouveau référendum sur le Brexit devrait avoir lieu si Theresa May était remplacée en tant que Premier ministre et qu'aucune élection générale n'était déclenchée », c'est ce qu'a déclaré le Premier ministre du Pays de Galles, Carwyn Jones.
Re-consulter le peuple… Pourquoi pas. La propagande pro-UE a bien travaillé depuis 2 ans, et les Britanniques en ont assez du fogg tout anglais qui masque leur avenir. C’est le résultat obtenu après avoir écarté les leaders du Brexit du Gouvernement en 2014 et confié la gestion du divorce… à des politiciens qui étaient contre. Une puissance obscure aurait voulu saborder le Brexit qu’elle ne s'y serait pas prise autrement…
Consulter ou pas… Et là on se remémore le vote discret, mais éminemment politique, de la Chambre des lords ce 30 avril 2018, qui octroya au Parlement britannique le droit de bloquer un Brexit sans accord ou un accord insatisfaisant. Majoritairement pro-EU, la chambre des Lords avait adopté cet amendement par 335 voix contre 244. Amendement qui, je cite le Lord conservateur Douglas Martin Hogg, un des signataires : « offre aux parlementaires la possibilité de suggérer de nouvelles négociations, voire de décider d’un maintien dans l’UE ». Un maintien dans l’UE… Et c’est bien ce qu’a suggéré à la tribune de la Chambre des Lords, Theresa May, dans une ambiance houleuse, les avertissant que c'était « soit ça, soit accepter de sortir sans accord ou même renoncer au Brexit tout court ».
Renoncer au Brexit tout court… conduirait de facto à un maintien du Royaume Uni dans l’Union européenne, aux conditions antérieures, comme si le référendum de 2016 n’avait jamais existé ! L’Union européenne en sortirait renforcée, les eurosceptiques encore plus convaincus que l’Union européenne est cette nouvelle Union soviétique, destructrice des nations et des libertés individuelles.
 
Mais qu'en est-il du Royaume-Uni ? Si les Anglais et les Gallois ont clairement démontré leur volonté de sortir de l’Union européenne lors de ce référendum du 23 juin 2016, les Écossais, les Irlandais et les Gibraltariens ont clairement exprimé un vote contraire, comme vous pouvez le constater sur cette carte.
L’Irlande du Nord, l’Écosse et Gibraltar : ce sont les trois problèmes vitaux de la Couronne…
La frontière entre la province britannique d’Irlande du Nord et la République d’Irlande voisine, qui sera, elle, toujours membre de l’UE, après la sortie britannique fin mars 2019, est un casse-tête pour Bruxelles comme pour Londres. Il s’agit de préserver l’accord de paix de 1998 qui a mis fin à trois décennies d’affrontements sanglants entre nationalistes et unionistes nord-irlandais, en renforçant les liens entre les deux territoires. Or Londres a décidé de quitter l’union douanière et le marché unique après le Brexit. Le choix est donc cornélien : ou la frontière est externe entre les deux Irlande, et la lutte armée reprendra, ou la frontière est interne entre l’Irlande du Nord et le reste du Royaume Uni, ce qui sera de fait une « remise en cause de l’intégrité constitutionnelle du Royaume-Uni »… Les loyalistes nord-irlandais du Democratic Unionist Party, dont les dix députés sont censés être alliés du gouvernement May, qui ne tient que grâce à eux, sont vent debout contre le projet de divorce, en raison d'un traitement différencié prévu pour l'Irlande du Nord. « Inacceptable », tonnait leur leader Arlene Foster à Belfast, avant de monter dans l'avion pour aller voir la première ministre à Londres…
 
Ce qui conduit à son tour la cheffe du gouvernement régional écossais Nicola Sturgeon à juger le texte « dévastateur » pour l'Écosse, parce qu'il favoriserait l'Irlande du Nord. C’est l’autre problème, tout aussi insoluble du côté d’Édimbourg. Michael Russell, secrétaire écossais des relations constitutionnelles, a déclaré, je cite : « Le Brexit n’est pas un avenir meilleur, c’est un pas en arrière dans un passé imaginaire. Nous devons reconnaître que cet accord est inacceptable pour l'Écosse et ses citoyens. Il ne peut donc pas être soutenu par ce gouvernement écossais ». En septembre 2014, lors du dernier référendum sur l’indépendance de l’Écosse, le non l’avait emporté à 55,3 %, car la menace de Londres et de Bruxelles était claire : si vous quittez le Royaume-Uni, vous quittez l’Union européenne… Moins de deux ans plus tard, l’arnaque était totale : le non au Brexit culminait à 62 % ce qui serait sans doute le score du « oui » à l’indépendance si un nouveau référendum avait lieu dans les prochaines semaines… Or le poids de l’Écosse dans le PIB britannique est de première importance : 96 % de la production pétrolière britannique et 52 % de la production de gaz se situent dans les eaux territoriales écossaises… 70 % du poisson britannique est écossais et les exportations de whisky représentent à elles-seules 6 milliards d’euros. Sans compter que l’Écosse vend la majorité de ses biens, soit 63 milliards l’an passé, à l’Angleterre. Et y achète, dans le même temps, pour 78 milliards d’euros… Autant dire que le départ de l’Écosse du Royaume-Uni plomberait gravement l’économie de Londres.
Le problème est aussi militaire. Les quatre sous-marins nucléaires du Royaume-Uni croisent en Écosse. En cas de "oui" au référendum, le Scottish National Party avait déjà annoncé que ces navires Trident devraient quitter la base de Faslane, à l’ouest de l'Écosse, dans les 4 ans. Les déplacer s'annonce coûteux et complexe. Un transfert est évalué à environ 10 milliards d'euros, près du quart du budget annuel de l'armée britannique…
 
Et la question militaire est aussi au cœur de la question concernant Gibraltar que tout le monde oublie dans les instances européennes. Lors du référendum sur le Brexit, cette enclave britannique de 33 000 habitants au sud de l'Espagne a voté à plus de 95 % pour le maintien dans l'Union européenne. En cas de Brexit, la presqu'île ferait sécession et demanderait à être rattachée à l’Espagne, évidemment, puisqu’aujourd’hui c’est un petit paradis économique qui profite aussi bien à ses 33 000 habitants qu’aux 8 000 Espagnols qui viennent y travailler chaque jour… Or Gibraltar est une base militaire britannique de première importance qui contrôle la Méditerranée. Elle comporte une base aérienne qui est un véritable porte-avions pour toutes les missions en Afrique du Nord et un réseau de communications et d’écoutes, qui fait partie intégrante du réseau Échelon, le système de surveillance mondiale.
 
Cela fait beaucoup de raisons stratégiques, économiques et politiques pour que le Brexit n’aboutisse pas… Les élites n’en veulent pas, et s’en sont donné les moyens avec l’amendement d’avril qui préparait l’accord désastreux de novembre… Il fallait un fusible, ce sera Theresa May. On expliquera doctement aux Anglais que le Brexit a été mal préparé, mal négocié et qu’il en va de la grandeur de l’Empire de rester au statu quo, hors de Schengen, dispensé de l’euro, bénéficiant du fameux rabais qui n’en fait que le 4econtributeur au budget européen…
La crise du Brexit doit être étudiée avec beaucoup d'attention afin de comprendre les marges de manœuvre réelles des nations d'Europe et leurs intérêts à sortir ou non de l'Union Européenne.
Le Parti de la France défend depuis toujours un modèle européen qui est celui d'une grande Europe des nations souveraines et des peuples libres, une Europe européenne qui préserve nos valeurs de civilisation et nos traditions et qui établisse un partenariat privilégié dans tous les domaines avec notre grand voisin russe. C'est notre intérêt commun et celui de la prospérité, de la sécurité et de la paix en Europe.


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