Incarcéré depuis deux semaines, on apprend aujourd’hui que l’ex-PDG de Lafarge, Bruno Lafont, demande sa remise en liberté, qui sera étudiée dans les prochains jours.
Il avait été condamné pour avoir ordonné que soient versés des pots-de-vin à Daesh, afin de permettre le maintien du fonctionnement d’une cimenterie située en Syrie dans une zone contrôlée à l’époque par l’État Islamique. S’il est évident qu’il est condamnable d’avoir pactisé avec des islamistes, coupables d’attentats meurtriers en France, et d’avoir contribué à leur financement, le contexte interroge : pourquoi accabler Lafarge, pourtant loin d’être le seul acteur à avoir fait preuve d’un cynique pragmatisme économique à l’époque de la guerre civile syrienne ?
Pour prendre un exemple, rappelons que Toyota n’a fait l’objet d’aucune procédure pour ses ventes records réalisées dans la région à la même époque. L’image du djihadiste en pickup Toyota flambant neuf était pourtant devenu un symbole de ce conflit aux racines nébuleuses et contradictoires.
La vérité est que de nombreuses multinationales, soutenues par leurs États de façon au moins officieuse, ont tiré parti de ce conflit. Les affaires sont les affaires, comme dit l’adage.
En France, Bruno Lafont n’est certainement pas le seul à être impliqué dans d’obscures tractations avec des terroristes. A chaque fois qu’une entreprise s’implante dans un État failli ou contesté, il est coutumier que des pots-de-vin soit versés. Ce n’est ni nouveau, ni rare. L’affaire de l’attentat de Karachi en 2002 avait révélé l’existence de ce genre de pratiques jusqu’en plus haut lieu.
La raison d’État primant, encore et toujours, sur toute considération éthique ou morale…
Ici, Bruno Lafont est un coupable idéal, qui a tout du bouc émissaire. Règlement de comptes interne à sa loge ? Trahison de dernière minute ? Mystère.
L’Histoire retiendra que la France donne encore et toujours le bâton pour se faire battre, en s’accablant de tous les torts qu’impliquent des réalités géopolitiques, alimentant le discours antifrançais de certaines élites du Tiers Monde, trop heureuses de pouvoir pointer du doigt un coupable pour mieux fuir leurs propres responsabilités dans le développement de l’islam politique et du terrorisme.
Rappelons enfin que le régime syrien actuel est en grande partie composé de gens qui étaient encore hier officiellement des djihadistes recherchés par Washington ou Tel-Aviv, devenus subitement blancs comme neige, une fois leur statut d’opposants au régime de Bachar-Al-Assad entériné depuis le coup d’État de 2024…
Victor Jan de Lagillardaie – Délégué général adjoint du Parti de la France




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