Italie: tractations pour un gouvernement antisystème

10 Mai 2018 | Revue-de-Presse | 0 commentaires

Les tractations entre le Mouvement Cinq Étoiles (populiste) et la Ligue (extrême droite), pour former le premier gouvernement antisystème d’Italie, et d’Europe occidentale, entrent jeudi dans le vif du sujet après le retrait du principal obstacle, Silvio Berlusconi.
Les chefs de file des deux formations qui disposent d’une courte majorité au Parlement, Luigi Di Maio (M5S) et Matteo Salvini (Ligue), se sont retrouvés en début de matinée à Rome.
« Nous allons nous asseoir autour d’une table et nous allons commencer à parler des thèmes pour le pays. Ensuite nous parlerons des noms. L’important, c’est le contrat de gouvernement », a expliqué M. Di Maio, 31 ans, à la presse mercredi soir, en estimant que cela pourrait prendre du temps.
« Il reste à travailler sur le programme, sur les échéances, sur l’équipe et les choses à faire », a convenu M. Salvini, 45 ans, en mettant lui un peu de pression. « Soit on conclut rapidement, soit on retourne voter », a-t-il averti.
Selon la presse italienne, le président Sergio Mattarella, qui voulait nommer mercredi un chef de gouvernement « neutre » après deux mois d’impasse, est disposé à laisser « quelques jours » aux deux hommes pour s’entendre.
D’autant que les questions à régler sont encore nombreuses, à commencer par le choix du chef du gouvernement. Depuis les élections du 4 mars, les deux hommes revendiquent chacun le poste, M. Di Maio en tant que chef du premier parti du pays (plus de 32%), M. Salvini en tant que leader de la coalition de droite arrivée en tête (37%, dont 17% pour la Ligue).
Tous deux se disent prêts à faire un pas en arrière pour choisir ensemble une autre personnalité mais, selon la presse, aucun n’a complètement renoncé.
Parallèlement, les divergences sur le fond semblent importantes entre la Ligue, formation nationaliste proche du Front national français, qui a fait le plein des voix dans le Nord sur la promesse de baisses massives d’impôts, et le M5S, plus ambivalent sur l’Union européenne et plébiscité par le Sud pour avoir promis un revenu de citoyenneté.
– Le verrou a sauté –
Outre l’ambition de leurs jeunes dirigeants, les deux partis ont en commun un rejet des forces politiques traditionnelles et des promesses voisines en matière de retraites, de lutte contre l’immigration ou de moralisation de la vie politique.
Et mercredi soir, le principal verrou a sauté: Silvio Berlusconi, l’allié que M. Salvini ne voulait pas lâcher mais avec lequel M. Di Maio refusait de parler, a donné son feu vert à un accord dit « jaune-vert » (M5S/Ligue).
Dans un communiqué envoyé dans la soirée, le milliardaire âgé de 81 ans, qui a dirigé la droite italienne pendant 25 ans, a répété que les élus de son parti Forza Italia (FI) ne voteraient pas la confiance à un gouvernement du M5S, faute d’avoir « la maturité politique pour assumer cette responsabilité ».
Mais « si une autre force politique de la coalition de droite veut assumer la responsabilité de former un gouvernement avec les 5 étoiles, nous prendrons acte de ce choix avec respect », a-t-il assuré. Surtout, il a ajouté que cela ne romprait pas l’alliance entre FI et la Ligue, en particulier dans les régions qu’ils dirigent ensemble dans le nord de l’Italie, un point essentiel pour le parti de Matteo Salvini.
Au Parlement, Ligue et M5S disposent d’une majorité de 6 voix au Sénat et de 32 voix à la Chambre des députés, et pourraient bénéficier au coup par coup du soutien actif ou d’une abstention bienveillante de FI.
La perspective d’un tel accord n’a pas affolé les investisseurs à la Bourse de Milan, quasi à l’équilibre jeudi matin. En revanche, sur le marché de la dette, le spread — l’écart entre les taux d’emprunt italien et allemand à dix ans — a ouvert en nette progression, atteignant son plus haut niveau depuis fin mars.

afp

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